Les différents types de cession d'entreprise
La première étape consiste à bien identifier la nature de votre cession, car les conséquences fiscales diffèrent radicalement selon la structure juridique de votre entreprise.
La vente d'une entreprise individuelle
Quand vous cédez une entreprise individuelle, c'est l'ensemble des éléments d'actif qui est concerné. On parle ici de :
- Cession du fonds de commerce,
- Transfert des immobilisations,
- Vente des stocks.
L'imposition porte principalement sur les plus-values professionnelles réalisées, qui correspondent à la différence entre le prix de vente et la valeur comptable des éléments cédés.
À noter : le régime fiscal applicable dépend directement de votre chiffre d'affaires et de l'ancienneté de votre activité. Des exonérations existent pour les petites entreprises ayant plus de 5 ans d'existence.
La vente d'une entreprise exploitée sous forme de société
Dans ce cas, deux options s'offrent à vous :
1. La cession des actifs de la société
Ici, c'est la société elle-même qui vend ses actifs (fonds de commerce, brevets, immobilier...). La plus-value est imposée au niveau de la société, puis les associés subissent une seconde imposition lors de la distribution des liquidités.
2. La cession des titres de la société
Plus fréquente, cette option consiste à vendre vos parts ou actions. L'imposition s'applique alors sur la plus-value des titres, définie comme la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition.
L’impact fiscal de la cession d'entreprise
Les conséquences fiscales générales
Depuis 2018, le paysage fiscal des cessions s'est considérablement simplifié avec l'introduction du Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), aussi appelé "flat tax".
Ce PFU représente 30% de la plus-value réalisée, décomposé comme suit :
- 12,8% d'impôt sur le revenu,
- 17,2% de prélèvements sociaux.
Mais attention, ce taux unique n'est pas toujours le plus avantageux ! Dans certaines situations, opter pour l'imposition au barème progressif de l'IR peut s'avérer plus intéressant, notamment grâce aux abattements pour durée de détention.
Prenons l'exemple de Philippe, dirigeant de 62 ans cédant son entreprise :
L'écart est considérable : 281 250€ d'économie simplement en choisissant le bon régime fiscal !
Les obligations déclaratives et formalités
Après la vente, plusieurs obligations s'imposent :
1. Déclaration de la plus-value sur votre déclaration annuelle de revenus,
2. Enregistrement de l'acte de cession auprès du service des impôts,
3. Publication d'un avis dans un journal d'annonces légales,
4. Publication au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales).
Ne sous-estimez pas ces formalités ! L'absence de déclaration peut entraîner des pénalités allant jusqu'à 80 % des droits éludés.
Les répercussions fiscales spécifiques selon le type de société
La fiscalité varie considérablement selon la structure de votre entreprise :
Pour les sociétés à l'IS (SAS, SARL...) :
- Imposition de la plus-value sur titres au PFU de 30%,
- Possibilité d'option pour le barème progressif avec abattements.
Pour les sociétés à l'IR (SNC, sociétés civiles...) :
- Application des règles des plus-values professionnelles,
- Possibilité d'exonérations spécifiques selon le montant des recettes.
L’exonération et l’optimisation fiscale
Exonération en fonction du montant des recettes
La loi prévoit des exonérations totales ou partielles pour les petites entreprises, selon leurs recettes annuelles. Pour en bénéficier, l'activité doit avoir été exercée pendant au moins 5 ans.
Les seuils d'exonération varient selon l'activité.
Pour les activités commerciales (vente de marchandises) :
- Exonération totale : jusqu'à 250 000€ de recettes annuelles,
- Exonération dégressive : entre 250 000€ et 350 000€,
- Taxation complète : au-delà de 350 000€.
Pour les activités de services et libérales :
- Exonération totale : jusqu'à 90 000€ de recettes annuelles,
- Exonération dégressive : entre 90 000€ et 126 000€,
- Taxation complète : au-delà de 126 000€.
Un vrai coup de pouce pour les TPE !
L’exonération en fonction du prix de cession
Pour les petites entreprises, le législateur a prévu une exonération basée sur la valeur des éléments transmis :
- Exonération totale : prix de cession inférieur à 300 000€,
- Exonération dégressive : entre 300 000€ et 500 000€.
Ce dispositif est particulièrement avantageux pour les petits fonds de commerce ou artisanaux.
L’exonération en cas de départ à la retraite
Bonne nouvelle pour les dirigeants proches de la retraite ! Un dispositif spécifique existe pour les cessions liées à un départ en retraite :
- Abattement fixe de 500 000€ sur la plus-value,
- Applicable sur option du contribuable,
- Cumulable avec les abattements pour durée de détention.
Conditions principales :
1. Faire valoir vos droits à la retraite dans les 24 mois suivant la cession,
2. Cesser toute fonction dans l'entreprise,
3. Détenir les titres depuis au moins 5 ans.
L’abattement pour durée de détention de l'immeuble
Les immeubles professionnels bénéficient d'un régime particulier, avec un abattement pour durée de détention :
- 10% par année de détention au-delà de la 5ème année,
- exonération totale après 15 ans de détention.
C'est un avantage considérable pour les entreprises propriétaires de leurs locaux depuis longtemps.
Les stratégies d'optimisation fiscale

Abattements pour durée de détention
Si vous optez pour l'imposition au barème progressif (plutôt que le PFU), vous pouvez bénéficier d'abattements substantiels :
- 50% d'abattement après 2 ans de détention,
- 65% d'abattement après 8 ans de détention.
Concrètement, sur une plus-value de 1 million d'euros après 8 ans de détention, seuls 350 000€ seront soumis à l'impôt. Une économie potentielle énorme !
Apport-cession et donation avant cession
L'apport-cession constitue l'une des techniques d'optimisation les plus puissantes. Le principe ?
1. Vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez,
2. La holding cède ensuite les titres à l'acquéreur,
3. La plus-value bénéficie d'un report d'imposition.
L'intérêt ? Réinvestir le produit de cession sans être amputé de l'impôt immédiat. Vous ne serez imposé que lorsque la holding cédera les nouveaux actifs ou vous distribuera des dividendes.
Une autre approche consiste à donner une partie des titres à vos enfants avant la cession. Les avantages sont multiples :
- Transmission anticipée du patrimoine,
- Utilisation des abattements de donation (100 000€ par enfant et par parent),
- Dilution de la plus-value entre plusieurs contribuables.
Utilisation de holdings et de fonds fiscaux
La création d'une holding permet plusieurs optimisations :
- Effet de levier fiscal : déduction des intérêts d'emprunt,
- Régime mère-fille : exonération des dividendes à 95%,
- Réinvestissement facilité dans de nouveaux projets.
Les fonds fiscaux (FCPR, FPCI) offrent également des avantages intéressants, notamment :
- Exonération d'impôt sur les plus-values après 5 ans de détention,
- Réduction d'impôt à l'entrée pour certains investissements.
Exonération intrafamiliale et Pacte Dutreil
La transmission familiale bénéficie de dispositifs spécifiques :
Le Pacte Dutreil permet une exonération de 75% de la valeur des titres transmis, sous conditions :
- Engagement collectif de conservation des titres pendant 2 ans,
- Engagement individuel de conservation pendant 4 ans supplémentaires,
- Exercice d'une fonction de direction pendant 3 ans.
Pour une entreprise valorisée 5 millions d'euros, l'économie peut atteindre plus d'un million d'euros !
Les spécificités fiscales selon le type de structure
Entreprises à l'impôt sur les sociétés (IS)
Pour les sociétés à l'IS (SAS, SARL, SA...), la cession des titres entraîne :
- Application du PFU à 30% par défaut,
- Possibilité d'option pour le barème progressif avec abattements,
- Traitement spécifique des comptes courants d'associés.
Si la société a émis des BSPCE, attention aux évolutions 2026 ! La loi de finances a introduit de nouvelles règles :
- Distinction entre "gain d'exercice" et plus-value de cession,
- Taux majoré (47,2% au total) pour les bénéficiaires récents (moins de 3 ans),
- Option pour l'imposition en traitements et salaires dans certains cas.
Entreprises à l'impôt sur le revenu (IR)
Les entreprises à l'IR (entreprises individuelles, SNC, sociétés civiles...) relèvent d'un régime différent :
- Application du régime des plus-values professionnelles,
- Possibilité d'exonérations spécifiques (durée d'activité, montant des recettes),
- Prise en compte des moins-values antérieures.
À noter : la transmission d'une entreprise individuelle implique généralement des droits d'enregistrement plus élevés qu'une cession de titres.
Les étapes et les formalités administratives
Documentation nécessaire pour la vente
Préparer une cession, c'est d'abord rassembler les documents essentiels :
- 3 derniers bilans et comptes de résultat,
- Statuts à jour et extrait K-bis récent,
- Liste des immobilisations et leur valeur comptable,
- Contrats importants (baux, crédits-bails, assurances...),
- Situation du personnel (contrats, accords collectifs...).
Sans oublier une data room bien organisée pour les acquéreurs potentiels, qui facilitera les due diligences et rassurera les acheteurs.
Rédaction et enregistrement de l'acte de cession
L'acte de cession doit être rédigé avec soin, en incluant notamment :
- Identification précise des parties,
- Description détaillée des éléments cédés,
- Prix et modalités de paiement,
- Garanties d'actif et de passif,
- Clauses de non-concurrence et de confidentialité.
L'enregistrement auprès du service des impôts est obligatoire dans le mois suivant la signature, avec paiement des droits d'enregistrement selon un barème spécifique.
Publicité légale et obligations fiscales
Une fois l'acte signé, plusieurs formalités s'imposent :
1. Publication d'un avis de cession dans un journal d'annonces légales,
2. Publication au BODACC pour la purge du privilège du Trésor,
3. Mise en place d'un séquestre pendant 5 mois pour garantir le paiement des dettes fiscales.
Ne négligez pas ces étapes ! L'acquéreur pourrait être tenu solidairement responsable des dettes fiscales non déclarées.
Le compte séquestre est particulièrement important : il protège l'acquéreur contre la solidarité de paiement des dettes fiscales et sociales du vendeur.
Ainsi, la fiscalité de la cession d'entreprise ressemble à un jeu d'échecs : chaque mouvement compte et l'anticipation est la clé du succès.
Le monde fiscal évolue constamment, comme le montrent les récentes modifications concernant les BSPCE ou le report de la suppression de la CVAE à 2030. Une veille régulière et des conseils avisés sont indispensables pour naviguer dans cet environnement complexe.
N'oubliez pas que chaque situation est unique. Les stratégies évoquées dans cet article doivent être adaptées à votre cas particulier, en tenant compte de votre âge, de votre patrimoine global et de vos projets futurs.
La vente de votre entreprise représente souvent l'aboutissement de nombreuses années de travail. Ne laissez pas une fiscalité mal maîtrisée vous priver d'une partie significative du fruit de vos efforts !
Les informations présentées dans cet article ont un but strictement informatif et pédagogique. Elles ne constituent ni un conseil financier, ni une recommandation personnalisée. Avant toute décision d’investissement, nous vous recommandons de consulter un professionnel agréé (conseiller en gestion de patrimoine, expert-comptable, etc.) afin d’évaluer les solutions les plus adaptées à votre situation personnelle, fiscale et patrimoniale.
Les investissements comportent des risques de perte en capital. Ne placez jamais plus que ce que vous êtes prêt à perdre.



