Découvrez comment Uber a scindé Careem après son rachat historique
Mudassir Sheikha a vendu Careem à Uber pour 3,1B$. Un accord signé en 2019 et bouclé début 2020. Mais en 2026, Sheikha est toujours PDG de Careem Technologies, la société qui détient l'appli de livraison de repas et de courses, ses paiements et ses abonnements. Une situation peu fréquente qui peut interroger.
L'histoire commence doucement. En 2012, Sheikha et Magnus Olsson lancent à Dubaï un site de réservation rudimentaire. 50K$ chacun. Ils appellent eux-mêmes les chauffeurs, que la maison surnomme ses Captains, pour organiser les trajets. La boîte frôle plusieurs fois la panne de cash en s'étendant dans la région, lève, grossit, et finit par gêner sérieusement le géant du secteur. En mars 2019, Uber signe : 3,1B, payés 1,4B$ en cash et 1,7B$ en obligations convertibles Uber. Le closing tombe en janvier 2020, quelques semaines avant que le Covid ne coupe 90% de l'activité.
Uber n'avait jamais fait ça nulle part. En Chine, il avait vendu ses opérations à Didi et plié bagage, comme en Russie avec Yandex, puis en Asie du Sud-Est avec Grab : chaque fois qu'une guerre locale coûtait trop cher, Uber partait en laissant le terrain au vainqueur. Au Moyen-Orient, la scale up a fait l'inverse et acheté le vainqueur local. Ce qu'il voulait, c'était le VTC : les chauffeurs, les clients, les villes, une région entière où il n'arrivait pas à gagner seul. Le reste de Careem, la livraison naissante, les paiements, l'ambition d'une super app à l'asiatique, est arrivé dans le package.
Le package a été rapidement découpé. En avril 2023, Careem est séparé en deux. Uber garde 100% de Careem Rides, le VTC. Tout le reste part dans une nouvelle société, Careem Technologies, dont l'opérateur télécom émirati prend 50,03% pour 400M$, aux côtés d'Uber et des trois cofondateurs, Sheikha aux commandes. La super app réclame des capitaux et des années, et Uber, côté et jugé chaque trimestre, n'avait pas vocation à financer ce pari loin de son cœur de métier. La découpe fait donc entrer l'argent d'un investisseur sans toucher au VTC qu'Uber était venu chercher. Et les activités qui n'étaient pas sa stratégie ressortent de son périmètre, avec la marque, l'équipe et les fondateurs qui les avaient construites. Tout le monde est content.
Depuis, les parts continuent de circuler, jusqu’à cet été. En juin dernier, Uber a repris 12,5% de Careem Technologies pour 100M, ce qui valorise l'ensemble autour de 800 M et les deux se sont donné une fenêtre de sortie fin 2031 pour se céder le reste. Le montage bougera probablement encore. Mais la lecture, elle, est déjà stable : un rachat n'est pas une absorption définitive et totale, c'est un tri. Ce que l'acquéreur garde dessine sa stratégie, ce qu'il laisse repartir dessine la suite de l'histoire. Et cette stratégie est intelligente. Parce qu’au lieu de planter la partie qui ne l’intéresse pas, comme c’est souvent le cas lors de rachat, Uber a laissé aux fondateurs leur liberté. Et les deux Careem sont une réussite !
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