1 milliard de valo avec 1 salarié ?
Sam Altman a raconté qu'il a lancé une cagnotte avec ses copains patrons de la tech pour parier sur l'année où sortira la première boîte à 1B$ tenue par une seule personne. Au printemps, un média a cru le moment venu avec MEDVi, un vendeur de traitements minceur valorisé 1,8B$ pour 2 employés déclarés. Un autre fondateur racontait comment son équipe de 2 avait vendu son logiciel à des groupes pesant 10B$. Le message qui circule est simple : l'IA rend les grosses équipes inutiles, donc l'argent qui les payait aussi. Si 3 personnes suffisent, le capital-risque deviendrait inutile. Ou pas.
Une levée a toujours servi à acheter trois choses :
- du temps pour construire le produit,
- de la distribution pour le mettre entre les mains des clients,
- et la position qu'on défend une fois le marché acquis.
L'IA agit sur la première. Elle fait chuter le coût de fabrication du produit, coder, tester, faire tourner un service que 10 ingénieurs assuraient hier. Sur les deux autres, elle ne change presque rien, alors que c’est là que part l’essentiel des investissements.
L'exemple de Cursor.
4 étudiants du MIT ont commencé en 2022 avec une version modifiée de VS Code, l'éditeur de code de Microsoft. C'est le produit symbole des petites équipes bâties autour de l'IA, celui qu'on cite pour dire qu'on fait désormais à 4 ce qui demandait 100. Cette boîte a levé environ 3,4B$ en 3 ans. Quasiment rien n'est allé payer des salaires. Une part fait tourner les modèles : chaque requête d'un développeur a un coût de calcul, aujourd'hui estimé entre 0,40 et 0,70$ par dollar de revenu. Ce que l'IA rend possible côté produit, elle le facture côté coût.
Le reste, l'essentiel, sert à tenir le marché. Face à Cursor, il y a GitHub Copilot, que Microsoft glisse dans les licences que la moitié des entreprises paient déjà. C'est un rival, parmi d’autres, qui n'a pas besoin de gagner sur le produit, il lui suffit d'être là par défaut dans l'abonnement. Pour exister contre ça, il faut aller plus vite : sortir les fonctionnalités avant lui, convaincre les développeurs avant lui, entrer dans les habitudes avant que le géant ne referme la porte avec son offre intégrée. Cette vitesse coûte cher, et elle ne s'achète qu'avec du capital.
Quand tout le monde peut construire vite, la construction et la vitesse cessent d'être un avantage. L'avantage se déplace vers ce qui reste rare : arriver le premier sur le marché et y rester. Cette vitesse ne vient pas de l'IA, elle vient de l'argent, celui qui paie l'acquisition et la distribution pendant qu'un concurrent financé pareil court la même course.
De fait, 3 personnes qui codent vite restent 3 personnes devant un marché de la même taille qu'avant, avec les mêmes rivaux qui, eux, ont pris l'argent. Est-ce qu’un jour une billion-company portée par une personne arrivera ? Probablement. Mais ça restera exceptionnel. Dans tous les sens du terme.



