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Pourquoi la hausse des taux touche le capital-risque ?

Pourquoi la hausse des taux touche le capital-risque ?

L'impact de la politique de la BCE sur le Venture Capital : décryptage du lien entre taux directeurs, exigences de rendement et valorisation des startups.

Publié le
2026-09-13
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Pourquoi la hausse des taux touche le capital-risque ?

Comment la hausse des taux d'intérêt redéfinit le capital-risque et la valeur des startups

Ce jeudi, la BCE a relevé son taux directeur d'un quart de point, à 2,5 %. C'est la deuxième fois cette année, et ce n'était pas arrivé depuis 2023. La raison est simple : l'inflation affiche 3,3 %, notamment à cause du pétrole. Cette hausse, qui paraît un peu abstraite, a pourtant de nombreuses conséquences, y compris sur votre épargne. Ce n’est pas la seule concernée : les startups sont aussi impactées. Elles parviennent à moins lever et leurs valorisations sont en baisse. Le lien n’est pas évident au premier abord, mais il est en réalité parfaitement logique.

Le taux de la BCE est le prix de l'argent pour les banques à court terme. Il ne fixe pas directement les taux longs, mais il les tire dans son sillage. Quand il monte, tout ce qui est sûr finit par rapporter plus : les livrets, les comptes à terme, les fonds en euros, les obligations d'État. Aujourd'hui, prêter à l'État français rapporte 4,2 % par an sur 10 ans, presque sans risque (mais de moins en moins), contre à peu près zéro en 2021. Ce quart de point, à lui seul, ne change pas grand-chose. C'est le passage de zéro à 4,2 % en 5 ans qui change tout.

Pour l'épargnant, c'est une bonne nouvelle : l'argent qui dort rapporte enfin quelque chose.

C'est là que le lien avec les startups se fait, parce que vous faites déjà le calcul sans y penser. Prenez une SCPI qui verse en moyenne autour de 4,5 % par an, risquée et difficile à revendre. Quand le placement garanti rapportait zéro, ces 4,5 % payaient le risque. Aujourd'hui, avec des placements garantis, ou presque, à 4 %, la différence est de moins d'un point : pour compenser le même risque, il faudrait que la SCPI rapporte au moins 7 ou 8 %. Ce supplément, c'est la prime de risque, et tout le marché la calcule comme vous : business angels, fonds, assureurs, caisses de retraite. Si le placement sûr rapporte 1 point de plus, tout le monde exige 1 point de plus. Des SCPI comme des startups.

Sauf qu'un placement ne peut pas décider de rapporter plus. Une SCPI reverse les loyers qu'elle perçoit, une startup fera les profits qu'elle fera, dans 7 ou 10 ans si tout va bien. Alors la seule façon d'en tirer plus de rendement, c'est de payer moins cher à l'entrée. Et le parallèle avec les SCPI tient toujours : pour garder une prime de risque stable alors que les loyers sont fixes, il faut que les prix baissent. Donc la valeur de la SCPI, indexée sur le prix des immeubles, baisse.

Côté startup, l'effet est plus fort, parce que chaque année d'attente compte.

Voici pourquoi :

  • Si l'État emprunte à 0 %, 100 € dans 10 ans valent... 100 € aujourd'hui, puisque l'argent ne rapporte rien entre-temps.
  • Mais si l'État emprunte à 4,2 %, il suffit de placer 66 € aujourd'hui pour se retrouver avec 100 € dans 10 ans.
  • Ces 100 € futurs ne valent donc plus que 66 € aujourd'hui.

Une startup, c'est le même calcul : ses profits sont attendus dans 7 ou 10 ans. Une startup qui valait 20M€ quand l'État empruntait à zéro peut donc valoir 14M€. Avec le même produit. Les mêmes clients. Le même chiffre d'affaires. Et le même risque. Les investisseurs paient moins, non pas parce qu'ils y croient moins, mais parce que c'est le seul moyen d'obtenir le rendement qu'ils cherchent.

Reste l'argent disponible. Les fonds VC investissent l'argent des autres : caisses de retraite, assureurs, particuliers, etc. Avec des taux à 0 %, un fonds qui visait 15 % par an trouvait facilement preneur. Avec 4,2 % sans risque, une caisse de retraite obtient déjà une bonne partie de ce qu'il lui faut sans bloquer son argent 10 ans dans des parts qu'elle ne peut pas revendre. Elle en met moins dans le VC. Donc les fonds lèvent moins. Donc ils investissent moins. Donc les startups lèvent moins.

Tout le marché a le même réflexe que vous : il répartit ses fonds entre ses placements non risqués et ses placements risqués. Et ce choix dépend donc beaucoup des taux des banques centrales.

Le VC n’est donc ni meilleur ni moins bon qu’avant. Il est simplement devenu plus sélectif.

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