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Evernote, WeTransfer, AOL : L'incroyable empire de Bending Spoons entre en bourse

Evernote, WeTransfer, AOL : L'incroyable empire de Bending Spoons entre en bourse

AOL et Evernote sont de retour en bourse ! L’entreprise italienne Bending Spoons vient d’entrer au Nasdaq avec une valorisation de 18 milliards de dollars. Son secret ? L'anti-startup : au lieu d'inventer de nouveaux produits, elle rachète des gloires déchues du web (WeTransfer, Vimeo, AOL) pour optimiser radicalement leur rentabilité. Découvrez les coulisses de ce géant méconnu qui prouve que l'exécution financière rapporte parfois plus que le génie technologique.

Publié le
2026-07-05
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L'IPO d'AOL

AOL vient d’entrer en bourse ?

AOL est de retour à Wall Street. Pour de vrai. Enfin, pas la version de 1999, celle du modem qui grésille et du « You've Got Mail », mais la marque, bien réelle, cotée au Nasdaq depuis quelques jours. Sauf qu'elle n'y est pas entrée sous son nom. Elle est arrivée dans les bagages d'une boîte italienne créée il y a tout juste 13 ans, dont la plupart des gens ignorent le nom : Bending Spoons, qui vient donc de faire son entrée en bourse sur une valorisation de 18B$, et dont le titre a bondi de près de 40% le jour de ses débuts. Cette IPO raconte tout un pan de l'histoire des startups, mais surtout une autre manière de créer de la valeur dans le non-coté.

Parce qu'AOL n'est pas seule dans le lot. Bending Spoons possède également Evernote, WeTransfer, Vimeo, Eventbrite, Meetup, Brightcove. Des marques que tout le monde a utilisées, souvent délaissées, parfois crues mortes. Toutes rangées dans le même portefeuille, plus de 50 acquisitions en une décennie, jamais revendues. Le lecteur qui voit passer cette IPO se dit deux choses à la suite. D'abord : « Tiens, AOL existe encore ? ».

Puis : « Comment une entreprise dont je n'avais jamais entendu parler vaut plusieurs milliards en rachetant des trucs que je pensais enterrés ? ».

La première façon de créer de la valeur, c'est celle dont on parle tout le temps, le zéro-à-un. Une startup part d'une feuille blanche, invente un produit, cherche son marché, et si elle le trouve, la valeur explose. C'est l'imaginaire dominant du venture, le garage, la licorne, le fondateur visionnaire. C'est une vraie manière de créer, elle a bâti la plupart des grandes boîtes tech qu'on connaît. Mais elle a une caractéristique qu'on oublie parfois devant les success stories : les hasards et les échecs. Personne ne sait à l'avance si le produit va rencontrer son public, ce qu'on appelle le product-market fit, le moment où un produit rencontre enfin son marché. C'est d'ailleurs pour ça que les investisseurs doivent diversifier les dossiers, pour diluer le risque.

Le fondateur et patron de Bending Spoons, Luca Ferrari, et son cofondateur Matteo Danieli, le disent sans détour : la chance joue un rôle énorme dans cette rencontre. Ils l'ont appris à leurs dépens. Leur première boîte, un journal intime automatique baptisé Evertale, a coulé et les a laissés avec 40K$ en poche. Plutôt que de retenter le même pari, ils en ont tiré l'idée de l'autre façon de créer de la valeur : racheter ce qui a déjà marché. Evernote avait déjà des millions d'utilisateurs fidèles quand Bending Spoons l'a racheté. WeTransfer, AOL, Vimeo, pareil. Le suspense qui fait toute l'incertitude d'une startup est en partie levé le jour de l'achat. Ce qui reste à faire n'est plus un pari, c'est un travail de fond : réduire les coûts, refaire la tarification, réécrire le logiciel, réorganiser les équipes, chercher de la croissance raisonnée.

Finalement, c'est le modèle du private equity, appliqué ici non pas à des usines ou à des chaînes de magasins, mais à des applications et des startups. Les deux façons ne s'opposent pas vraiment, elles se tiennent l'une l'autre. Parce que pour que quelqu'un rachète Evernote ou WeTransfer, il faut d'abord que quelqu'un ait pris le risque de les créer, et soit allé chercher les premiers clients.

Les chiffres de la boîte donnent une idée de ce que rapporte ce travail. Le revenu généré par chaque salarié à temps plein est passé de 1,12M$ en 2023 à 2,57M$ en 2025. La même personne produit donc plus de 2x plus de valeur qu'il y a 2 ans. Plusieurs raisons se cumulent là-dedans. Des équipes rabotées après rachat, des prix relevés, un logiciel refait, et une part croissante d'IA dans l'ingénierie que la boîte met volontiers en avant. Ce sont des leviers d'exécution, actionnés sur un actif qui tourne déjà, pas des coups de génie produit.

Ce qui explique aussi le timing de l'IPO. Le marché du logiciel traverse une période de méfiance, l'IA fait peur aux vieux modèles SaaS par abonnement, et les valorisations des éditeurs classiques ont fondu. Pour une startup qui cherche son marché, ce n'est pas le meilleur moment pour lever. Pour un acquéreur, c'est l'inverse.

S'il est difficile de généraliser et d'imaginer une armée d'entreprises rachetant à bas coût tous les échecs des dernières années pour en faire des succès, l'histoire n'en est pas moins intéressante. De même que sa conclusion : réussir, c'est avoir de bonnes idées, mais surtout être capable de les mettre en place.

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