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Pourquoi le prix de la RAM a fait x4 avec la ruée sur l'IA ?

Pourquoi le prix de la RAM a fait x4 avec la ruée sur l'IA ?

Multiplié par 4 en neuf mois : le prix de la mémoire RAM fait plonger les prévisions des géants du smartphone tout en offrant des bénéfices historiques à un oligopole de 3 constructeurs. En réorientant 70% de leur production vers les serveurs IA, SK Hynix, Samsung et Micron ont transformé un composant banal en poule aux œufs d'or. Analyse d'une bascule stratégique.

Publié le
2026-08-02
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Prix de la RAM fait x4

Le prix de la RAM a fait x4, pourtant il y a des gagnants

En 9 mois, le prix de la DRAM a été multiplié par près de 4. Sous ce sigle se cache la mémoire vive que tout le monde appelle la RAM, celle qui travaille dans ton téléphone et ton ordinateur pendant qu'ils tournent, et qui oublie tout dès qu'on les éteint. Les conséquences ? Elles sont largement visibles.

Apple relève ses tarifs, Xiaomi rabote sa prévision de smartphones à livrer en 2026 de 135M à 95M d'unités, et les analystes d'IDC promettent une chute historique du marché du téléphone. Vu de loin, tout ça ressemble à une mauvaise nouvelle, une sorte de pénurie qui pénaliserait tout le monde. Sauf que dans cette même histoire, et comme souvent dans une crise, 3 entreprises viennent de vivre l'année la plus rentable de leur existence. SK Hynix a doublé son bénéfice net en 2025, à environ 30B$, plus que tout son chiffre d'affaires de 2023. Samsung s'attend à voir son résultat trimestriel presque tripler. Le prix qui monte pour les uns est le profit record des autres.

La chaîne qui va de la puce mémoire au smartphone dans ta poche compte beaucoup de maillons. La DRAM est une commodité, un composant banal qu'on achète comme on achète du courant, et sa banalité même fait qu'aucun acheteur ne s'en soucie. C'est quand le composant devient rare que la position de celui qui le produit change de nature. Il ne vend plus une commodité, il tient un robinet. Et celui qui tient le robinet fixe le prix.

Or ce robinet, ils ne sont que 3 à le tenir. SK Hynix, Samsung et Micron produisent à eux seuls plus de 90% de la DRAM mondiale. Il n'y a pas de quatrième fournisseur vers qui se tourner pour faire jouer la concurrence réelle. Ils sont si peu nombreux que, quel que soit le numéro un du moment, l'acheteur n'a toujours que trois portes où frapper. Quand SK Hynix annonçait dès octobre 2025 avoir déjà vendu la totalité de sa production pour toute l'année suivante, la phrase disait tout.

À l'autre bout de la chaîne, celui qui assemble les smartphones se bat contre des dizaines de rivaux sur les mêmes clients finaux, avec des produits que le consommateur compare au dollar près. Il ne peut pas répercuter n'importe quelle hausse : en face, un concurrent tout aussi pressé cassera les prix pour prendre la part de marché. Alors il encaisse le choc, en rognant sa marge ou en mettant moins de mémoire dans l'appareil. La mémoire pèse désormais autour de 20% du coût matériel d'un ordinateur portable, contre 10 à 18% début 2025, et cette part-là, l'assembleur ne la maîtrise pas, il la subit.

Rien de tout cela n'est nouveau. Ces mêmes producteurs tenaient déjà 90% du marché en 2023, et cette année-là SK Hynix a perdu 7,7T won, environ 5,5B$, avec une marge opérationnelle de -24%. Ils étaient déjà trois, et pourtant ils perdaient de l'argent. Ce qui manquait, c'était la tension. La pénurie n'a rien fabriqué, elle a rendu visible une structure qui était déjà là et qui ne servait à rien tant que la demande restait sage.

Chaque ligne de production peut fabriquer soit de la mémoire ordinaire, celle des PC et des smartphones, soit des tours de douze étages collées au plus près du processeur, que réclament les puces alimentant les modèles d'IA et qui se vendent 3 à 5x plus cher. Les trois ont basculé leurs usines vers l'IA. Environ 70% de la production mondiale part désormais de ce côté, et tout le reste du monde se partage ce qui tombe. Un marché à trente fabricants n'aurait jamais pu faire ça, il s'en serait toujours trouvé un pour servir les délaissés. À 3, personne n'a intérêt à casser les prix tant que tout se vend.